La recette de la simplicité fait encore ravage : un minimum de kilos associés à un maximum de puissance, le tout avec une électronique qui brille par son absence ! Avec cette Noble, on est quand même loin de l’illustre philosophie de Colin Chapman, où le poids se doit d’exister qu’avec trois chiffres. Quoiqu’il en soit, les 1274kg annoncés par la M600 sont à mille lieux d’être un handicap. Et ils se font d’autant plus oubliés lorsque que les deux turbos Garett soufflent dans les bronches du V8 4,4l Yamaha/Volvo pour délivrer 659ch à travers la transmission Graziano. Ainsi le rapport poids/puissance de ce monstre atteint la valeur d’une Bugatti Veyron, soit 1,9kg/ch.

Le style évolue, surtout lorsque l’on fait la comparaison avec les modèles précédents de l’artisan anglais. Je m’attendais à voir une auto au gabarit imposant dans le style d’une Lamborghini Murcielago par exemple. Dans la réalité on a à faire à une coque en carbone qui tient dans la silhouette d’une Audi R8, les porte-à-faux proéminent en plus. L’ensemble moteur/boite placé en position centrale arrière sans prise de tête apparente (il suffit de voir l’espace entre le moteur et la grille pour comprendre), la queue en profite pour s’allonger. Les traits sont droits avec ce qu’il faut de courbures, au bénéfice de l’efficacité. En fait, on ressent que tout est construit et pensé autour du châssis tubulaire en acier et aluminium, faisant fi de toute questions quant au raffinement visuel. L’intérieur suit la même logique. On pense efficacité et on adapte ça avec un minimum de confort pour se rendre au circuit par la route. Le GPS ? Connait pas. La climatisation ? Ouvrez les fenêtres électriques (ouf de la technologie) et accélérez. L’airbag ? Vous n’êtes pas là pour dormir sur un coussin. Et ce n’est pas sans déplaire à notre rustique philosophie chère à Autorencontres. Ceci étant dit, l’Alcantara et le cuir des baquets cohabitent avec le carbone. Mais la pièce d’orfèvre à mes yeux, c’est ce tableau de bord, sur fond d’aluminium bouchonné. Superbe ! Pendant qu’on admire ce cocon, deux détails attirent l’œil et font trembler les phalanges autant que le cœur. Le premier étant cette copie simpliste d’un manettino qui se règle sur trois positions : Road, Track et Race. Il agit directement sur la consistance de l’accélérateur et sur l’antipatinage. L’autre particularité de cette molette, c’est qu’elle transforme la voiture en lui donnant le soin de produire respectivement 459ch, 559ch et 659ch. Si vous avez les tripes, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Mais alors que l’on croyait l’antipatinage comme étant le seul tue-la-joie présent dans la M600, un loquet rouge situé en dessous de la commande de boite, exclusivement manuelle, permet de le déconnecter totalement !

Au volant, cette Noble fait oublier son caractère angoissant et se montre d’une relative progressivité. La course généreuse de l’accélérateur et les turbos tempérés permettent de doser correctement la cavalerie. Les embouteillages monégasques au charme inimitable (une Lamborghini Murcielago SV devant, une Bugatti Veyron derrière, what else) offrent la possibilité de se rendre de compte du couple disponible à bas régime. Même en 2ème ou en 3ème la voiture reprend et s’élance avec vigueur jusqu’en haut du compte-tour, effaçant le caractère on/off des moteurs turbo, dans une sonorité caverneuse soutenue par la chorale des dump valves. La motricité, pour une pure propulsion, est exemplaire et catapulte le conducteur de 0km/h à 100km/h en 3,0 secondes. La direction renvoie une quantité d’informations non négligeables et le calibrage en ferait presque oublier la présence d’une pompe d’assistance. Sa capacité à changer de cap est honorable, surtout lorsque l’arrière se dérobe. Forcément, en mode Race et sans antipatinage, il ne faut pas espérer de miracles. Mais la danse s’effectue de manière prévenante et donnerait presque confiance tant la facilité est au rendez-vous. Je ne m’y essayerai pas dans une ville avec une voiture à 232 000€. En revanche, le véritable anglais qui m’accompagne n’hésite pas à reproduire l'exercice plusieurs fois, ce qui est loin de m’en déplaire. Une fois à l’arrêt on se pose alors quelques questions. La voiture se veut, selon Noble, conceptuellement et philosophiquement proche de la Ferrari F40. Comment une voiture aussi progressive en tout point se permet de perpétuer la méchanceté d’une italienne qui donne des coups de pied aux fesses à tout va avec ses turbos typiques des années 80 ? D’un tout autre coté c’est quasiment louable tant la conception et les sensations sont du même acabit.

Ces quelques kilomètres, certes urbains, m’ont mis une claque et l’écriture de ce papier est amplement justifié. Je cherche encore de défauts à cette M600. Peut-être le prix, un peu élevé pour la catégorie? Mais même à ce tarif, elle se place comme une bonne affaire. On pourrait très bien s'acheter une Ferrari 458 Italia ou Lamborghini Gallardo, mais niveau authenticité, tant au niveau de la conduite que de la production (50 exemplaires entièrement fait à la main), on repassera. Qui plus est avec des performances dignes de la catégorie supérieure. La vitesse maximale est donnée pour 360km/h en passant par les 100km/h en 3,0 secondes. Sans ABS, ESP, climatisation,… le rapport prix/équipements en prend pour son grade bien entendu, mais c’est pour la bonne cause. Une perle comme on en fait plus, dans un contexte politique de plus en plus effrayant. Un bijou qui pourrait trouver sa place sur la couronne, entourée d’autres excentricités anglaises à quatre roues!