Une bataille livrée à grand coup de puissance, de régiments complets de cylindres armés des dernières technologies de pointe. Mais ici les échelles en vigueur ne sont pas les grammes de CO2 rejetés tous les 100km, les consommations relativement basses ou même l’indice de puissance électrique. Non, ici on parle bien de temps de réponse de la boite de vitesses robotisée, de couple et de puissance de plus en plus folle où le ticket d’entrée de la supercar se situe à 700ch ! Tour d’horizon de la production sportive de ce salon.

Dans le monde des GT, ça s’agite comme nous le montre Ferrari. Annoncée depuis quelques temps déjà, la FF jette un pavé dans la mare que représente la gamme et l’image de la marque italienne avec quatre places. En repensant aux 456 et 612 Scaglietti, ce n’est pas une nouveauté me direz-vous. Sauf qu’ici c’est une familiale à caractère sportif, dotée de deux portes et répondant au concept de break de chasse. Autre nouveauté, la transmission se fait via quatre roues pour assurer une homogénéité à toute épreuve. Signe de la course à la puissance, malgré les dires des uns et des autres, le V12 atteint celle de l’illustre supercar Enzo, 660ch ! Et pour le fun, la marque a ajouté un petit écran sur la planche de bord qui peut afficher les informations concernant la vitesse, le rapport de boite engagé et le compte tour. Niveau gadget il n’y a pas mieux, et les cris de madame devraient, à mon avis, se faire entendre plus souvent. Chez Maserati, pas de fioriture. A côté de la MC Stradale (Granturismo à mi-chemin entre la S et la Corsa), trône la version découvrable de la S, sous une robe bordeaux du plus bel effet. Le V8 4,7l ô combien communicatif devrait prendre une toute autre dimension cheveux au vent. Ce Grancabrio S rentre donc en concurrence directe avec la DBS Volante d'Aston Martin. Ces derniers ont d’ailleurs fait la présentation de deux nouveautés cette année, La V8 Vantage S et la Virage. La petite voit son V8 porté à 430ch et adopte surtout la boite robotisée à sept rapports. La grande se place quant à elle entre la DB9 et la DBS dans la gamme, et fait renaitre la mythique ancêtre du même nom qui, sur ce coup-là, apparait assez usurpé. Pas de grande nouveauté en soi, mis à part l’envie d’étoffer et meubler la gamme entre deux « extrêmes ». Toujours dans le classicisme anglais, Jaguar nous a concocté une version débridée du coupé amiral, la XKR-S. Le V8 atteint 550ch et pointe à 300km/h, bridé électroniquement. Le style abandonne sa discrétion au profit d’appendices aérodynamiques et d’une face avant plus féline, qui me rappel vaguement une Holden CV8. Le niveau supérieur de la sportivité, nous emmène dans le monde fabuleux et utopique des supercars. Et celle qui attire directement le visiteur est l’une des grandes stars du salon : la nouvelle Lamborghini Aventador LP700-4. En plus d’avoir des chiffres à faire tourner la tête, elle en impose. Le gabarit est ramassé tout en étant caractéristique de celle(s) qu’elle remplace (Murcielago et Diablo). Les lignes sont taillées à la serpe mais rappelle un peu trop l’élitiste Reventon. Du côté de la salle des machines, le V12 cube 6,5l et produit pour les quatre roues motrices 700ch ! Le temps pour passer de 0 à 100km/h est, d’après la firme de Sant’Agata, de 2,9 secondes. En face, la Koenigsegg Agera R n’a pas à rougir. Outre son dessin plutôt réussi (malgré un maquillage prononcé), elle avance quelques 1115ch et une vitesse de 417km/h. Autre particularité du modèle présenté, un coffre de toit pouvant accueillir des paires de skis. Développé par Thule, ce coffre est la matérialisation du vœu d’un client désireux d’aller pratiquer sa seconde passion à Courch’. Et pour le circuit en période estivale, Lexus, LA marque hybride par excellence, propose une évolution de la LFA avec son pack Nurburgring. Mise au point en grande partie sur le célèbre circuit éponyme, elle s’habille d’éléments aérodynamiques en carbone et le V10 développe alors 570ch. Avec un surcout de 60 000€ aux 375 000€ déjà prohibitifs, les 50 clients disposeront d’un pass d’un an et d'une formation complète sur le circuit allemand afin de faire chanter (c’est le cas de le dire) la mécanique. En passant sur le stand Bugatti, on troque la combinaison pour le smoking, quoique ! La marque alsacienne a fait le déplacement avec trois configurations de Veyron différentes, dont le nouvelle SuperSport qui avoue 1200ch et un 434km/h en vitesse maximale. La qualité de fabrication irréprochable (à 1,7 million d’€uros, quoi de plus normal) aura quand même séduit les riches clients puisque la totalité des trente exemplaires a trouvé preneur. Un souci du détail qui peut passer pour de la grande série face au travail effectué par Pagani sur la nouvelle Huayra. Je n’en dirai pas plus sur le style sur lequel je vous laisserai seul juge. Par contre, la finition met tout le monde d’accord. Le tableau de bord est à mi-chemin entre un Riva et un avion avec ses rétroeclaiages à foison et ses matériaux utilisés. L’utilisation massive de carbone et de titane contient le poids aux alentours de 1400kg. Associés aux 700ch, la voiture est catapultée à près de 370km/h.

Malgré tout, ces sportives de série peuvent être jugées comme poussive ou comme pas assez « exotiques » par certains. C’est alors là qu’intervient les préparateurs qui répondent aux besoins des clients ou qui proposent eux même leur vision de l’automobile. Comme chaque année, un modèle en particulier est prisé car jugé comme une bonne base de préparation. En 2011, c’est le SLS AMG de Mercedes qui va le plus souvent faire l’objet de chirurgie esthétique. Ainsi on y trouvera du sobre comme la Brabus 700 Biturbo qui avoue alors 700ch, dans un habillage qui ne change guère. En montant les marches de la démesure, on rencontre la vision de Hamann avec la Hawk. La puissance s'établit à 636ch alors que l’habillage commence à être difficile à regarder. Le kit s’élargit, les appendices aérodynamique en carbone apparaissent ici et là, et la couleur du modèle présenté, n’est pas du meilleur goût. Du coté de Fab Design, la SLS se nomme Gulfstream. Un jeu de mot caractérisant les pays du Golfe, principaux clients des productions de la marque. Là, la SLS commence à ne plus ressembler à celle d’origine. La caisse élargie et trouée à outrance repose sur des jantes aux dimensions un peu trop généreuses. Enfin, on arrive chez les rois de la démesure, Mansory. La Coreum est une douteuse opération chirurgicale où la SLS s’est vu greffer le nez de la SLR Stirling Moss, échangé son regard contre celui d’une 599 GTB et le tout habillé de carbone apparent. Le résultat est…déplorable et le tout donne l’impression que rien n’est fini. Le moteur est quant-à-lui donné pour 660ch, dont une évolution à 800ch par la suite. Mais ces excités de la personnalisation que sont les préparateurs ne se sont pas contentés que de la SLS. Sur le même stand Mansory, on pouvait également voir la Siracusa, une Ferrari 458 Italia directement sortie d’un jeu vidéo de tuning. Le moindre espace de carrosserie est propice à recevoir des lamelles en carbone censé améliorer l’appui. L’intérieur suit le même délire alors que le moteur lui gagne 20ch. Passé cette cour de recréation qui sert de stand, tout devient plus sérieux avec Novitec. Ces allemands friands d’italiennes se sont eux aussi laissé aller sur la 458 Italia. Le travail est nettement plus propre. Les appendices aérodynamiques y sont pour quelque chose avec les 609ch qui permettent d’atteindre les 330km/h. Mais là où on s’y attendait le moins, c’est la préparation de la 599 GTO. Ils se sont dit que 670ch c’est peu alors que 888ch c’est mieux. Avec le V12 revu à cette puissance, la voiture explose le 0-100km/h en 3,2sec. Autre particularité, le conducteur peut choisir de l’intérieur le volume sonore de la voiture. Pour rappel, la 599 GTO n’avait rien de discrète avec sa ligne extraite des 599XX sur laquelle les ingénieurs ont juste rajouté un catalyseur! Audi n’est pas en reste. La R8 a fait la joie de MTM, qui a ajouté deux turbos à la R8 V10. Le résultat atteint 777ch et un beau 3,0sec tout rond pour le 0-100km/h. Et histoire d’en mettre plein les yeux, le coupé a eu la carrosserie entièrement polie. Enfin, Porsche est aussi une marque prisée par ces sorciers. RUF a présenté la nouvelle RT-12R. Le flat-six 3,8l qui, d’origine développe 385ch, passe alors à 730ch! Pour la vitesse maximale, on inverse simplement le 7 et le 3. Sportec, de son coté, a préparé une bombe sur une 997 GT2 R, déjà bien velue à la base, la SPR800R. Le travail effectué sur les turbos offre 180ch de plus que d’origine pour atteindre les 800ch !

Mais au milieu de ce beau monde, il en reste certains qui se font timide voir pathétique, au grand regret des passionnées. Parmi ceux là, Renault n’a rien eu d’autre à faire que de rééditer le nom de Gordini à travers la Wind, de se mettre à la série spéciale avec la Floride qui n’est autre qu’une Megane CC et d’exposer une 4l coupée en deux plutôt que d’en faire une exposition complète ou un concept (on peut espérer) pour ses cinquante ans. Porsche, avec un stand énorme, a décidé d’exposer uniquement sous le signe de l’hybride avec une 911 GT3R presque victorieuse aux 24h du Nurburgring et un concept 918 RSR de toute beauté. Du coté de la série, rien de palpitant. On y redécouvre les énièmes séries limitées de la 997 et une Panamera S Hybrid. Chez Audi, un cousin du groupe, c’est la même chose. La R8 Spyder est déjà connue, et les TT-RS, RS5 et RS3 se ressemblent un peu trop. Le concept A3 Sedan crée l’événement. Il est beau, bien fini, mais ne suffit pas à contrer la trop nombreuse série de TDI présents sur le stand. Du coté des grandes timides, les reines de la consommation par excellence, les américaines. Notamment Chevrolet qui expose ses modèles sportifs dans un coin du stand et repousse sa nouveauté, la Camaro Cabriolet, dans un coin plutôt que de la mettre en avant.

Encore une fois, la sportive est loin de baisser les armes face à l’électrique et autres alternatives, au contraire. La course à la puissance entre les constructeurs les emmènent à créer des armes de destruction massive. Et au cas où les munitions seraient en manque, le régiment de préparateurs, de plus en plus présents au salon de Genève, vient épauler les troupes, équipé des pneus au toit. Malheureusement, on sent que ça se bat légèrement en retraite. Certains ont préféré passer dans le camp opposé mais sans trop savoir sur quel pied danser. D’autres ont carrément déserté. Mais un final, qu’en est-il réellement de cette voiture électrique ? Celle qui va autant polluer à la production qu'au recyclage des batteries ? Celle qui va consommer autant mais différemment alors qu’on nous répète sans cesse de faire des économies sur l’éclairage ou le chauffage en hiver car nos centrales nucléaires ne suivent plus ? Ce jour la n’est pas encore arrivé et, en attendant, des millions de chevaux demandent à être utilisés!